Segmentation RFM : définition, exemple et méthode Klaviyo
La segmentation RFM classe tes clients sur trois critères que toute boutique possède déjà : la récence (à quand remonte leur dernière commande), la fréquence (combien de commandes au total) et le montant (combien ils ont dépensé). Chaque client reçoit un score sur chaque critère, la combinaison des trois le range dans un groupe — tes champions d'un côté, tes clients en train de partir de l'autre — et chaque groupe reçoit un traitement différent. C'est la méthode de segmentation par valeur la plus ancienne du marketing direct, et Klaviyo l'a intégrée nativement : un rapport RFM, six groupes prêts à l'emploi, des propriétés de profil utilisables dans tes segments et tes flows.
Voilà pour la définition. Le reste de cet article, c'est ce que les définitions ne disent pas : comment la RFM de Klaviyo calcule ses scores, pourquoi ses seuils par défaut racontent n'importe quoi sur certaines boutiques, et quoi envoyer concrètement à chaque groupe. On règle ces modèles sur les comptes qu'on gère depuis des années — y compris là où la fonctionnalité native n'est pas disponible.
- La segmentation RFM, c'est quoi exactement
- Un exemple chiffré pour rendre ça concret
- La RFM native de Klaviyo : où elle est, comment elle score
- Quand les seuils par défaut mentent (et comment les corriger)
- Quoi envoyer à chaque groupe
- RFM, winback, sunset : qui fait quoi
- Les questions qu'on nous pose
La segmentation RFM, c'est quoi exactement
Trois lettres, trois questions posées à chaque client.
R comme récence. Quand a-t-il commandé pour la dernière fois ? Un client qui a acheté il y a trois semaines a infiniment plus de chances de racheter qu'un client silencieux depuis quatorze mois. De loin le critère le plus prédictif des trois.
F comme fréquence. Combien de commandes a-t-il passées ? Une cliente à six commandes a construit une habitude. Un acheteur unique a testé. Ce n'est pas la même relation, donc pas le même message.
M comme montant. Combien a-t-il dépensé en cumulé ? C'est le critère qui sépare le client fidèle à petit panier du gros acheteur occasionnel — deux profils précieux, pour des raisons opposées.
Le principe du scoring : tu notes chaque client de 1 à 3 (ou de 1 à 5 selon les modèles) sur chaque critère, par comparaison avec le reste de ta base. Un « 333 » a acheté récemment, souvent, et beaucoup. Un « 111 » n'a rien fait depuis longtemps, a peu commandé, pour pas grand-chose. Entre les deux, 27 combinaisons possibles qui se regroupent en une poignée de segments exploitables.
Pourquoi s'embêter avec ça plutôt qu'envoyer la même campagne à tout le monde ? Parce que la valeur d'une base e-commerce est concentrée : une étude Adobe estimait que les acheteurs récurrents représentent environ 8 % des visiteurs mais 40 % du chiffre d'affaires — on détaille ces ordres de grandeur dans notre guide de la rétention client. Traiter ce noyau comme le reste de la base, c'est sous-exploiter tes meilleurs clients et sur-solliciter les morts.
Un exemple chiffré pour rendre ça concret
Exemple fictif, mais calqué sur ce qu'on voit en vrai. Une marque de compléments capillaires : 6 000 clientes ayant commandé au moins une fois, un format de cure de 60 jours, une latence médiane entre deux commandes de 70 jours.
Cliente A. Dernière commande il y a 21 jours, 7 commandes au total, 395 € cumulés. Score 333 : récence maximale, top de la base en fréquence comme en montant. C'est une championne — et c'est précisément celle que la plupart des marques traitent comme tout le monde, à coups de −10 % dont elle n'a pas besoin.
Cliente B. Une seule commande, 34 €, il y a 150 jours. Cinq mois de silence sur un produit qui se termine en deux : cette cliente est partie. Pourtant, avec des seuils standards où « récent » signifie « moins de six mois », elle score 311 — groupe « Recent », rangée avec les nouvelles clientes à accueillir. Le modèle la croit en début de relation alors qu'elle est en fin de vie.
Tout l'intérêt et toute la limite de la RFM tiennent dans ces deux profils. Le classement de la cliente A est juste et immédiatement actionnable. Celui de la cliente B est faux, pas parce que la méthode est mauvaise, mais parce que les seuils ne connaissent pas le rythme de réachat du produit. Garde cet exemple en tête : on y revient sur les réglages Klaviyo.
La RFM native de Klaviyo : où elle est, comment elle score
Klaviyo intègre une analyse RFM complète, mais pas dans l'application marketing standard : il faut un abonnement Marketing Analytics ou Advanced KDP (doc Klaviyo). Le rapport se trouve dans Customer insights > RFM analysis. Les prérequis documentés : au moins 500 clients ayant passé commande, 180 jours d'historique avec des commandes sur les 30 derniers jours, et une intégration e-commerce (ou des événements de commande envoyés par API).
Le scoring par défaut
Chaque client reçoit un score de 1 à 3 par critère (détail du scoring) :
- Récence : seuils fixes en jours. Commande dans les 180 derniers jours = 3, dans les 365 derniers jours = 2, au-delà = 1.
- Fréquence et montant : par tiers. Le tiers supérieur de ta base score 3, le tiers médian 2, le tiers inférieur 1. Seules les commandes à valeur positive comptent — une commande offerte à 100 % de remise est exclue.
Les 27 combinaisons se répartissent dans six groupes :
| Groupe | Combinaisons (R-F-M) | En clair |
|---|---|---|
| Champions | 333, 332, 323 | Tes meilleurs clients, actifs sur tous les plans |
| Loyal | 321, 322, 331, 232, 233 | Réguliers, valeur solide, récence correcte |
| Recent | 312, 313, 311, 222, 223 | Ont acheté récemment, historique encore court |
| Needs attention | 213, 221, 123, 132, 133 | Bonne valeur passée, récence qui faiblit |
| At risk | 231, 212, 122, 131, 211 | Clients installés en train de décrocher |
| Inactive | 111, 112, 113, 121 | Plus rien depuis plus d'un an |
Un septième libellé, « Never purchased », apparaît dans le rapport pour les profils sans commande à la date de début de l'analyse.
Les propriétés à utiliser dans tes segments et tes flows
C'est là que la RFM cesse d'être un rapport et devient de l'exécution. Klaviyo écrit sur chaque profil trois propriétés, mises à jour toutes les 24 heures (doc Klaviyo) :
- Current RFM group — le groupe actuel du profil ;
- Previous RFM group — le dernier groupe différent (affiche « Unknown » tant que le profil n'a jamais changé de groupe) ;
- RFM group last changed — l'horodatage du changement.
Les deux premières sont utilisables dans le segment builder, en condition « Properties about someone ». Un segment « Current RFM group equals At risk », et tu as une audience de winback qui se met à jour seule. Mieux : en croisant Current et Previous, tu captes les trajectoires. « Current = Needs attention ET Previous = Loyal », c'est un bon client en train de glisser — le moment exact où une relance rapporte le plus. Et comme un flow peut se déclencher sur l'entrée dans un segment, tu peux automatiser la réaction au changement de groupe (usages documentés) : un profil qui bascule dans At risk entre dans ton flow de réactivation sans que personne n'appuie sur un bouton.
Quand les seuils par défaut mentent
Relis le scoring de récence : 180 jours fixes pour un score de 3, quel que soit ton produit. C'est là que la cliente B de notre exemple passait pour « récente » après cinq mois de silence sur une cure de 60 jours.
Le problème joue dans les deux sens. Sur un consommable à réachat mensuel, un client silencieux depuis 170 jours score encore 3 en récence alors qu'il a sauté cinq cycles d'achat — ton groupe Champions se remplit de partants. Sur une bijouterie où l'écart normal entre deux commandes se compte en dix-huit mois, c'est l'inverse : un client parfaitement sain, dernière commande il y a 14 mois, score 1 et se retrouve classé At risk ou Inactive. Si tu branches un sunset dessus, tu supprimes des clients en pleine santé.
La correction se fait dans les Advanced settings du rapport, qui acceptent des seuils personnalisés — par percentiles pour la fréquence et le montant, par valeurs pour la récence (doc Klaviyo). Reste à savoir quelles valeurs mettre, et c'est là qu'on branche la méthode qu'on détaille dans notre guide du winback : calcule la latence inter-commande médiane de ta base, puis cale tes seuils de récence dessus.
Étape 1. Calcule la latence inter-commande médiane de ta base : la médiane des écarts en jours entre deux commandes consécutives, sur les clients à 2 commandes et plus.
Étape 2. Cale les trois seuils de récence dessus :
- Score 3 — dernière commande sous la latence médiane ;
- Score 2 — entre la médiane et 1,5 × la médiane ;
- Score 1 — au-delà de 1,5 × la médiane.
Pourquoi 1,5 × : c'est notre seuil de dormance, celui qui déclenche le winback. Les deux réglages restent ainsi cohérents entre eux.
Sur l'exemple ci-dessus (médiane 70 jours) : score 3 en dessous de 70 jours, score 2 jusqu'à 105, score 1 au-delà. La cliente B score alors 111, Inactive — ce qu'elle est vraiment.
Utilise le bouton Preview avant d'enregistrer : tu vois la nouvelle répartition des groupes avant qu'elle n'écrase l'ancienne, et un segment branché sur Current RFM group changera de population dans les 24 heures.
Et sans l'abonnement Analytics ?
Pas d'abonnement Marketing Analytics ou Advanced KDP, pas de rapport RFM — mais rien ne t'empêche de construire la logique à la main dans le segment builder, comme on le fait sur les comptes qui n'ont pas l'add-on. Récence : « Placed Order au moins une fois dans les X derniers jours ». Fréquence : « Placed Order au moins N fois ». Montant : la propriété prédictive Historic Customer Lifetime Value, disponible sans abonnement supplémentaire dès que ton compte remplit les conditions des analyses prédictives. Quatre segments suffisent pour démarrer : VIP, actifs, à risque, dormants — c'est le découpage minimal qu'on recommande dans le guide rétention. Tu perds le tableau de bord et les trajectoires automatiques, tu gardes 80 % de la valeur.
Quoi envoyer à chaque groupe
Un rapport RFM que personne ne branche sur les envois, c'est l'erreur qu'on corrige le plus souvent en reprise de compte. Groupe par groupe, voilà ce qui fonctionne.
Champions. Pas de remise — ils achètent déjà plein tarif. Accès anticipé aux nouveautés, demande d'avis (c'est le seul groupe où elle convertit vraiment bien), programme de parrainage. C'est aussi le groupe qui justifie un canal premium : un VIP qui dépense 400 € par an mérite une conversation WhatsApp, et c'est à peu près le seul segment où le coût du canal se discute — on a détaillé l'approche sur notre page WhatsApp marketing.
Loyal. Le groupe le plus rentable à faire monter d'un cran. Cross-sell sur les catégories voisines de leurs achats, contenu de marque, et montée en gamme — jamais de remise agressive qui détruirait leur prix de référence.
Recent. Des clients en période d'essai de ta marque. Leur enjeu, c'est la deuxième commande, et elle se joue dans le flow post-achat : conseils d'usage, réassurance, cross-sell contextuel. Pas de pression promo d'emblée.
Needs attention et At risk. La récence faiblit : c'est la fenêtre du winback, et elle se referme vite. Séquence courte — relation, preuve, offre en dernier recours — calibrée sur ton seuil de dormance. Le détail complet est dans le guide winback.
Inactive. Une dernière tentative de réactivation, puis le sunset flow : on supprime les profils qui ne réagissent à rien, pour protéger la délivrabilité et la facture. Un point de coût à avoir en tête sur ce groupe : depuis le 13 juillet 2026, Klaviyo facture le mobile en dollars par message (FAQ Klaviyo). Un SMS de relance vers un dormant qui n'ouvrira jamais, c'est de l'argent réel jeté à chaque envoi — le SMS se réserve aux groupes à forte valeur, Champions et Loyal en tête, jamais au bas du tableau.
Une règle transversale pour finir : la RFM dit à qui tu parles, pas combien de fois. Tes exclusions de désengagés et ta pression commerciale restent pilotées par l'engagement email, sinon tu harcèles des At risk qui ont déjà cessé d'ouvrir.
RFM, winback, sunset : qui fait quoi
Les trois se confondent souvent, alors que la frontière est simple. La RFM est la segmentation : elle photographie la valeur et la trajectoire de chaque client, en continu. Le winback et le sunset sont les flows qui la consomment : le premier se déclenche quand un bon client glisse (At risk, ou Needs attention venant de Loyal), le second quand un profil a tout ignoré, relances comprises. Régler la RFM sans brancher les flows, c'est un tableau de bord qui ne pilote rien. Brancher les flows sans régler la RFM, c'est relancer trop tôt les uns et supprimer trop tôt les autres — le cas bijouterie de tout à l'heure. Les seuils d'abord, les flows ensuite.
Les questions qu'on nous pose
C'est quoi la segmentation RFM ?
Une méthode qui classe chaque client selon trois critères : récence du dernier achat, fréquence des commandes, montant cumulé dépensé. Chaque client reçoit un score par critère, la combinaison le range dans un groupe (champions, fidèles, à risque, inactifs…), et chaque groupe reçoit un traitement marketing différent.
La RFM native de Klaviyo est-elle incluse dans tous les comptes ?
Non. Le rapport RFM analysis demande un abonnement Marketing Analytics ou Advanced KDP, en plus de l'application marketing standard. Sans cet abonnement, tu peux reconstruire l'essentiel à la main dans le segment builder avec les conditions Placed Order et la propriété Historic Customer Lifetime Value.
Quels sont les groupes RFM de Klaviyo ?
Six groupes : Champions, Loyal, Recent, Needs attention, At risk et Inactive, qui se répartissent les 27 combinaisons de scores possibles. Un libellé « Never purchased » couvre en plus les profils sans commande sur la période analysée.
Peut-on modifier les seuils RFM par défaut de Klaviyo ?
Oui, dans les Advanced settings du rapport : seuils par percentiles pour la fréquence et le montant, seuils par valeurs pour la récence. C'est même indispensable dès que ton cycle de réachat s'éloigne du standard — les 180 jours par défaut de la récence sont trop longs pour un consommable et trop courts pour un cycle d'achat long.
Combien de clients faut-il pour utiliser l'analyse RFM de Klaviyo ?
Les prérequis documentés : au moins 500 clients ayant passé commande, 180 jours d'historique de commandes avec de l'activité sur les 30 derniers jours, et une intégration e-commerce ou des commandes envoyées par API.
Quelle différence entre segmentation RFM et segments d'engagement ?
La RFM mesure le comportement d'achat (commandes), l'engagement mesure le comportement email (ouvertures, clics). Les deux se complètent : la RFM décide du message et de l'offre, l'engagement décide de la pression d'envoi et des exclusions. Un Champion désengagé de l'email existe — et il se travaille par d'autres canaux, pas en forçant la dose.
Comment déclencher un flow quand un client change de groupe RFM ?
Crée un segment sur la propriété Current RFM group (par exemple « equals At risk »), puis déclenche ton flow sur l'entrée dans ce segment. Les propriétés RFM se mettent à jour toutes les 24 heures, le déclenchement suit ce rythme. En croisant Current et Previous RFM group, tu peux cibler une trajectoire précise, comme un Loyal qui passe en Needs attention.
Ta segmentation tient-elle la route ?
Le Diagnostic Klaviyo te donne un score sur 100 en 3 minutes : segmentation, flows, délivrabilité. C'est gratuit, sans rendez-vous, et c'est par là que commencent tous nos accompagnements.
Lancer le diagnostic →- Klaviyo Help Center, RFM analysis (chemin d'accès, abonnement Marketing Analytics ou Advanced KDP requis, prérequis 500 clients / 180 jours / commandes sur 30 jours / intégration e-commerce, Advanced settings et Preview).
- Klaviyo Help Center, RFM scoring (scores 1 à 3, récence à 180 et 365 jours, fréquence et montant par tiers, commandes à valeur positive uniquement, les 6 groupes et leurs 27 combinaisons).
- Klaviyo Help Center, Propriétés RFM des profils (Current RFM group, Previous RFM group, RFM group last changed ; mise à jour toutes les 24 heures ; usage en segments).
- Klaviyo Help Center, Utiliser la RFM en campagnes et en flows (déclenchement à l'entrée dans un groupe, conditional splits, exemples par groupe).
- Klaviyo Help Center, FAQ : 7/13 Mobile Messaging Update (facturation mobile en dollars par message depuis le 13 juillet 2026).
- Étude Adobe sur la concentration de la valeur (acheteurs récurrents : environ 8 % des visiteurs, 40 % du chiffre d'affaires) — telle que sourcée sur notre guide de la rétention client.
- L'exemple chiffré de la marque de compléments capillaires est fictif, construit à partir de situations réelles. Aucune donnée client n'est publiée.